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Sommaire - Notice sur le château Servien et modalités de la visite
- Aquarelle et dessins (vues extérieures)
- Le château Servien dit Serviantin, au fil des générations, d'une même lignée de 1855 à nos jours, par Augustin Jacquemont : - Alphonse Rallet et son environnement familial - La période Jordan (1906 – 1950) - La période Jacquemont (à partir de 1950)
- Article extrait de l'hebdomadaire "Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné"(Georges Salamand)
• Ouverture : du 1er août au 10 septembre, de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures • Accès : sur la route nationale N 90, prendre la direction Biviers-la Grivelière, entrée à 80 m à droite • Visite de l'intérieur sur rendez-vous (04 76 52 27 65)
Aquarelle et dessins
Façade sud-ouest coté cour Façade sud-ouest coté parc
Alphonse Rallet et son environnement familial
Avocat talentueux et dernier représentant d'une longue lignée dauphinoise de notaires, conseillers du roi et autres gens de robe, Frédéric Farconet, né en 1807, s'était ardemment lancé, dès sa jeunesse, dans le combat pour les idées républicaines. Chef de l'opposition grenobloise durant la Monarchie de Juillet, tout désignait ce notable, conciliant et respectueux de l'ordre, pour jouer un rôle de premier plan lors des évènements de février 1848. C'est ainsi qu'il fut immédiatement nommé maire provisoire de Grenoble, avant d'être élu aux assemblées constituante et législative de 1848 et 1849 où, siégeant à gauche, il continua à se battre pour la défense des institutions républicaines. Mais, indéfectiblement fidèle à ses convictions libérales, il renonça à son activité politique après le coup d'Etat du 2 décembre 1851 et s'éteignit en 1863 au château Servien, sans avoir connu la fin d'un régime autoritaire, qui avait brutalement détruit ses espérances, sinon dissipé ses illusions.
Frédéric Farconet avait lui-même pour beau-père Benedetto Cesare Allemandi, grand patriote italien proche de Mazzini. Après s'être engagé dans les armées de Napoléon, cet officier des carabiniers sardes pris une part très active au soulèvement de Turin en 1821. Puis, fidèle à son idéal, il fut contraint de mener une vie mouvementée de proscrit pour échapper aux persécutions d'un gouvernement piémontais sous protectorat autrichien. Il n'eut alors de cesse de lutter pour l'indépendance et l'unité de son pays en s'impliquant personnellement dans tous les projets d'insurrection et de rébellion. Mais ceci est une autre histoire…
Le général Allemandi (1821-1856) Acteur reconnu du Risorgimento, le fils de Benedetto, Michele Napoleone Allemandi, qui le suivit dans son exil, épousa toutes les causes pour lesquelles son père avait inlassablement lutté. Cet ancien colonel de l'armée fédérale suisse, qui s'était distingué durant la guerre du Sonderbund (1847) sous les ordres du général Dufour, se mit au service de la révolution lombarde contre le régime autrichien dès son déclenchement en mars 1848. Malgré ses antécédents républicains qui le rendaient suspect aux yeux du gouvernement du roi de Piémont-Sardaigne (Charles-Albert), on lui confia le commandement de tous les corps de volontaires lombards, suisses et génois, et il reçut à cette occasion le grade de général de brigade de l'armée italienne. Après les deux défaites successives de l'armée piémontaise contre les troupes aguerries du feld-maréchal Radetzky (Custozza, juillet 1848, et Novare, mars 1849), Michele Napoleone Allemandi préféra s'exiler à nouveau en Suisse. Il y écrivit ses mémoires et mourut à Bâle en 1858. Le beau-frère de Frédéric Farconet est l'un des personnages mis en scène par Jean Giono dans son roman Le bonheur fou, qui fait suite au Hussard sur le toit.
De l'union de Mathilde Farconet et d'Alphonse Rallet naquit en 1855 à Moscou une fille unique, prénommée Olga, et dont le peintre dauphinois Ernest Hébert fixa les traits délicats en 1885. Celle-ci avait épousé Augustin Blanchet, d'une grande famille de papetiers de Rives, et fut prématurément emportée en 1888 à la naissance de son huitième enfant. De sorte qu'en 1906, le château Servien échut directement à l'une de ses filles, Marthe Blanchet (née en 1884), après le décès de Mathilde Farconet, qui avait elle-même perdu son mari en 1894.
Olga Blanchet, née Rallet (1855-1888)
La période Jordan (1906 – 1950)Marthe Blanchet donna neuf enfants à son mari Paul Jordan, qu'elle avait épousé en 1904 et qu'elle perdit en 1939. Ingénieur au Corps des Mines, celui-ci appartenait à une ancienne lignée de huguenots dauphinois dont certains préférèrent la conversion à l'exil après la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, alors que d'autres firent souche en Allemagne. Il était lié d'amitié avec Pierre Termier, pionnier de la géologie alpine dont il fut l'élève et avec lequel il partageait les mêmes valeurs. Marthe Blanchet eu quarante trois petits-enfants, dont les naissances s'échelonnèrent de 1930 à 1952 et qui, pour la plupart d'entre eux, séjournèrent régulièrement au château Servien.La famille Jordan qui s'est toujours montrée digne de son exigeante devise "in veritate virtus", s'honore de compter parmi ses membres deux personnalités d'envergure exceptionnelle et dont la mémoire mérite d'être précieusement gardée. Il s'agit d'abord du père de Paul Jordan, Camille Jordan (1838-1922), qui fut l'un des plus éminents mathématiciens de son temps. Jamais sa modestie n'aurait laissé deviner qu'il laisserait derrière lui une œuvre universellement reconnue et admirée. Il était le neveu du peintre Pierre Puvis de Chavannes qui en fit un remarquable portrait à l'âge de vingt ans. Ce père de huit enfants perdit à la guerre de 14 trois de ses fils et l'aîné de ses petits-fils. Comme le rapporte l'un de ces derniers, il fut "profondément affecté par ces épreuves malgré un grand courage et une admirable résignation chrétienne".
Camille Jordan, mathématicien
D'une parfaite rectitude et d'un loyalisme monarchique sans failles, il mourut le 19 mai 1821 à l'âge de cinquante ans. Il fut enterré le surlendemain au Père-Lachaise où un monument, sis Allée Camille Jordan, lui fut élevé par une souscription de tous les députés. L'historien Jules Michelet nota alors dans son journal: Lundi 21 mai, enterrement de Camille Jordan. La France s'appauvrit. On évoquera également un personnage sans doute de moindre importance que les deux Camille précédents et neveu de l'homme politique. Il s'agit du botaniste autodidacte Alexis Jordan (1814-1897) qui donna son nom aux espèces jordaniennes (ou Jordanons) et, à André Gide, le pittoresque modèle de Fleurissoire des Caves du Vatican. Plus près de nous, Augustin Jordan (1910-2004), dont le père était mort pour la France en 1915, fut l'un des rares (et authentiques...) gaullistes de la première heure. Engagé dès l'été 1940 dans les forces françaises libres, il reçut rapidement le commandement de la 1ère compagnie de parachutistes, unité d'élite intégrée dans la célèbre brigade S.A.S. du Major Sterling. Outre la Military Cross, sa conduite héroïque sur les arrières de l'Afrikakorps lui valut d'être fait Compagnon de la Libération en 1943. Entré en 1945 aux Affaires étrangères, il y fit une carrière qu'il termina comme ambassadeur, d'abord à Varsovie (1970 - 1973), puis à Vienne (1973 - 1975), avant d'être promu au rang de Commandeur de la Légion d'honneur. La famille Jordan - qui compte de nos jours l'archevêque de Reims (Monseigneur Thierry Jordan) – s'allia en 1765 à la célèbre dynastie dauphinoise (aujourd'hui éteinte) des Perier qui fut, on le sait, étroitement associée à un siècle d'Histoire de France. Camille I Jordan avait en effet pour cousin germain Casimir Perier, qui possédait au plus haut point l'étoffe d'un homme d'Etat. A la suite des "Trois Glorieuses" – qui virent la chute de l'inconsistant Charles X - et en treize mois d'exercice du pouvoir, celui-ci rétablit l'autorité de l'Etat, imposa celle du chef de gouvernement (autrement dit la sienne) en écartant le roi des délibérations du Conseil et traça une ligne conservatrice qui ne fut plus remise en cause jusqu'en 1848.Après sa mort, provoquée par une épidémie de choléra (16 mai 1832), ses successeurs gâchèrent largement ces résultats par leur nullité politique associée à un conservatisme étriqué. On sait ce qu'il en advint… Cousine commune de Camille et Casimir, Philippine Duchesne, implanta l'ordre nouvellement créé du Sacré-Cœur sur les rives du Mississipi qu'elle marqua de son empreinte. A Saint-Louis du Missouri, son souvenir est à jamais gravé dans le bronze du Mémorial de Jefferson, en tête de la liste des femmes pionnières dont le nom ne doit jamais s'effacer. Elle fut canonisée à Rome par le pape Jean-Paul II le 3 janvier 1988. Durant toutes les années sombres de l'occupation, Marthe Blanchet témoigna d'une force de caractère peu commune. C'est ainsi que, s'exposant à des risques dont on ne mesurait guère les conséquences et participant sans la moindre hésitation au mouvement de solidarité de ceux que l'on qualifiera plus tard de "Justes", elle abrita durablement deux Juives autrichiennes au château Servien, pour leur éviter une déportation à l'issue fatale. Elle n'eut qu'un seul fils, Henri Jordan, qui opta pour la carrière des armes, rompant ainsi avec la tradition polytechnicienne de la famille (trois générations). Celui-ci avait épousé Marie-Josèphe du Fayet de La Tour en 1942 et mourut au combat à l'âge de trente-deux ans en Alsace (janvier 1945). Titulaire de la Croix de Guerre avec quatre citations et de la Distinguished Service Cross américaine, il était chevalier de la Légion d'Honneur. Cette décoration fut remise à titre posthume à sa fille unique Chantal, alors âgée de deux ans, qui le représentait. Quelque cinquante ans plus tard, cette mère de cinq enfants, qui avait épousé Francis Godinot, fut l'innocente victime d'un tireur embusqué à Sarajevo, alors qu'elle participait à une mission humanitaire dans le cadre de l'association lyonnaise Equilibre. Elle fut, elle aussi, décorée à titre posthume de la Légion d'Honneur, laquelle fut remise par son oncle Augustin Jordan. Cette tragique disparition dont la presse se fit l'écho attristé porte témoignage, s'il en était besoin, des valeurs essentielles qui ont toujours animé les membres de la famille Jordan.
La période Jacquemont (à partir de 1950) C'est à Biviers que Marthe Blanchet s'éteignit en 1950 et rejoignit Paul et Henri Jordan dans la sépulture familiale du cimetière de ce village dominé par l'impressionnante falaise du Saint-Eynard. Le château Servien, qui aurait du légitimement revenir à ce dernier, échut alors à la fille aînée de Marthe Blanchet, Marguerite Jordan, qui était née en 1905.
C'est à lui que nous emprunterons les lignes suivantes consacrées à la famille Jacquemont, qui fut, on le verra, très fidèlement attachée à certaines valeurs d'un passé révolu et dont les enjeux échappent désormais à la plupart de nos contemporains.
"Un curé janséniste issu d'une vieille famille du Forez et qui, pendant la Terreur jouant un rôle marquant dans la chouannerie forézienne, a risqué cent fois la déportation et même la guillotine pour que ses paroissiens ne soient pas privés du secours de la religion et qui, le jour où la liberté des cultes est rétablie, se laisse déposséder de sa cure plutôt que d'abjurer la doctrine de Port-Royal. Deux jeunes magistrats légitimistes qui sacrifient de brillantes perspectives d'avenir pour ne pas prêter serment au gouvernement de Louis-Philippe…Ces trois parangons de la probité intellectuelle et de courage donnent une des physionomies les plus marquantes de la famille Jacquemont.
Curé de Saint- Médard-en-Forez
Les deux magistrats, qui déposèrent la toge pour ne pas avoir à reconnaître, en juillet 1830, un nouveau gouvernement, étaient les propres neveux et encore plus les fervents disciples du curé de Saint-Médard-en-Forez. Sauveur Jacquemont, lorsqu'il donna sa démission, était juge à Villefranche. Par la suite, il se révéla polémiste et devint avec Lamennais, Montalembert, Lacordaire, un défenseur avisé et écouté de la liberté de l'enseignement. Son cousin, Camille Jacquemont, avait été juge d'instruction à Saint-Etienne. Lorsqu'il mourut, en 1875, le comte de Chambord adressa à son fils Jean-Francois-Sauveur, capitaine aux Zouaves Pontificaux, comte romain héréditaire, une lettre où il le définissait ainsi: Homme de bien qui préférait l'honneur aux honneurs".
De l'union de Marguerite Jordan et d'Albin Jacquemont naquirent trois fils. Après le décès de leur mère le 24 janvier 1994, l'un d'eux reçut en partage cette maison de famille, qui était passée, rappelons-le, des Rallet aux Jordan en 1906, puis des Jordan aux Jacquemont en 1950. Arrivé au terme de ce parcours d'une génération à l'autre, on formera le vœu que ne soient pas perdus de vue les liens directs ou indirects unissant tous ceux dont la mémoire a été brièvement évoquée. Animés de convictions parfois antagonistes, mais toujours respectables, ils témoignent, chacun à leur manière, de la diversité des racines de la lignée, qui plongent dans le fertile terreau de l'Histoire.
Serviantin, Noël 2003 Dauphinois d'autrefois : De l'ombre du Kremlin au soleil de Serviantin : l'odysée des Frères Rallet (par Georges Salamand)
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