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Abel Servien face à l'histoire

Sommaire :
Aperçu biographique :
Abel Servien (1593-1659),un grand
diplomate dauphinois au service de l'Europe
Biographie succincte :
Les racines
biviéroises et les années de formation (1593 – 1615),
Le procureur
général du parlement de Grenoble (1616 – 1624)
et les années
probatoires (1624 – 1629),
Abel Servien
en Italie (1629 – 1633), le secrétaire d’Etat à la guerre (1630 – 1636),
De la
disgrâce à l’exil (1636 – 1643),
La
négociation des traités de Westphalie (1644 – 1648),
Les années terribles
(1649 – 1653),
La surintendance des
finances (1653 – 1659),
La quête du
prestige.
Un grand diplomate au service de
l'Europe ou l'irrésistible ascension
d'un enfant de Biviers
par Augustin Jacquemont

Aperçu biographique
Abel
Servien,un grand diplomate dauphinois au service de l'Europe
Disparu depuis très longtemps de la mémoire collective des Français, Abel
Servien est peut-être l'un des plus grands méconnus du "premier XVIIe
siècle". En effet, hormis quelques rares initiés, qui se souvient
encore de cet éminent
diplomate dont la carrière s'est déroulée tout au long d'une période
décisive qui a permis à la France d'accéder,
du
moins pour un temps, au rang de première puissance européenne que lui
disputaient les Habsbourg ?
Après
avoir été successivement procureur général du parlement de Grenoble,
maître des requêtes à l'Hôtel du roi, puis intendant de justice et police
en Guyenne, Abel Servien reçoit dès 1630 la charge prestigieuse de
secrétaire d'Etat à la guerre qu'il assume jusqu'en 1636. Au terme d'une
disgrâce prolongée, il revient aux affaires en 1643, à l'appel de Mazarin,
pour
négocier longuement les fameux traités de Westphalie qui mettent fin, en
1648, à la guerre de Trente Ans. Devenu ministre d'Etat, il gouverne de
facto la France durant la Fronde des princes et l'exil du Cardinal,
conjointement avec son neveu Hugues de Lionne et son rival Michel le
Tellier.
Enfin,
il est nommé en 1653 surintendant des finances, fonction qu'il exerce,
collégialement avec Nicolas Fouquet, jusqu'à sa mort en 1659.
Ce
parcours exemplaire témoigne de l'émergence d'une nouvelle élite politique
issue de la robe, et sur laquelle Richelieu, puis Mazarin, prennent appui
pour restaurer et affermir une autorité royale violemment contestée,
notamment par la grande noblesse.
Parce
qu'il a été "la créature" de ces deux cardinaux-ministres exécrés, l'image
d'Abel Servien a été délibérément falsifiée,
en son
temps, par de nombreux pamphlétaires stipendiés par des factions hostiles.
Mais face au "Tribunal de l'Histoire", il revient aux Dauphinois
d'aujourd'hui d'instruire enfin de manière impartiale la cause de cet
homme d'Etat tombé dans un injuste oubli, et qui fut sans aucun doute l'un
des plus grands des nôtres.

Biographie succincte
Les racines
biviéroises et les années de formation (1593–1615)
Originaires
de La Saône, les Servien se fixent au château de Biviers en 1500, à
la suite du mariage de Jean Servien avec la « dame de Biviers »,
Catherine de Morard d'Arens. Quatre générations de seigneurs de Biviers
se succéderont dans ce qui devient le "chateau Servien". Cette dynastie
n'a de cesse de consolider sa position par des alliances garantissant la
transmission des charges dans les plus hautes institutions de la
province.
C’est ainsi que le père d’Abel, Antoine, procureur des Etats du
Dauphiné, épouse en 1582 Diane Bailly, fille de Georges Bailly,
conseiller au parlement de Grenoble, et d’Isabeau de Murinais,
elle-même très proche des Lionne.
Il n’est donc pas étonnant
que la sœur d’Abel, Isabeau, se marie en 1605 avec Artus de Lionne,
fils de Sébastien, lui-même contrôleur général des finances. De
cette union naîtra Hugues de Lionne (1611 – 1671), futur secrétaire d’Etat
des affaires étrangères, négociateur de la paix de Pyrénées (1659), qui
apprendra son métier de diplomate dans le sillage de la très longue
carrière de son oncle.
Selon la tradition, Abel Servien voit le jour le 1er novembre
1593 au château Servien. Son éducation est sûrement des plus soignées,
comme
il convient au descendant d’une vieille famille de la noblesse de robe.
Elle lui permettra d’occuper rapidement les postes les plus en vue
et
de tenir plus tard dignement son rang dans le monde des arts et des
lettres, notamment à l’Académie française dont il sera le premier membre
élu.

Le procureur général du parlement
de Grenoble (1616–1624)
et les
années probatoires (1624–1629)
La nomination d’Abel
Servien en août 1616 à la fonction de procureur général du parlement de
Grenoble témoigne de sa grande précocité.
Il est appelé l’année
suivante à l’Assemblée des Notables convoquée à Rouen par le jeune
Louis XIII, qui vient de faire assassiner Concini tout en rejetant
la tutelle de sa mère (Marie de Médicis). Ses mérites, reconnus par le
monarque, lui valent bientôt le brevet de conseiller du roi en ses
conseils d’Etat et privés.
Puis il partage son temps
entre l’exercice de sa judicature et l’exécution de missions de
confiance pour le compte du parlement de Grenoble.
En mars 1624, il est nommé
maître des requêtes à l’Hôtel du roi. Il quitte alors le Dauphiné
pour rejoindre le premier cercle du pouvoir.
Devenu une « créature »
de Richelieu qu’il va fidèlement servir pendant douze ans, il effectue
des inspections dans le royaume qui le conduiront surtout en Guyenne.
Il y fera preuve de ses
qualités d’organisateur et de négociateur. Elles seront suffisamment
appréciées de Louis XIII pour qu’il soit nommé, en février 1628,
intendant de justice et de police de cette province.
Il rompt alors avec le
monde parlementaire dont il est issu pour se dévouer entièrement à la
cause de la monarchie, tout en acquérant une large expérience qui ira de
la diplomatie aux affaires militaires, et dont le Cardinal ne tardera
pas à tirer parti.

Abel Servien en
Italie (1629–1633), le secrétaire d’Etat à la guerre (1630–1636)
Dans une Europe des Etats en gestation,
le nord de l’Italie est devenu le maillon faible de la Maison d’Autriche
dont les deux branches de Vienne et de Madrid prennent la France en
tenaille. La succession litigieuse du duc de Mantoue donne à notre pays
un juste motif d’intervention. Au début de l’année 1629, Abel Servien
est appelé à accompagner Louis XIII et Richelieu, qui franchissent les
Alpes, forcent le pas de Suse et, dégageant Casale, font éclater
l’alliance de circonstance entre le Habsbourg de Madrid et le duc de
Savoie.
Après le retour en France du roi et du
Cardinal, il se voit confier le soin d’engager de longs pourparlers à
Turin. L’occasion lui est alors donnée de rencontrer le jeune Mazarin,
de nouer avec lui une amitié durable et de l’introduire, deux ans plus
tard, auprès de Richelieu.
Entre-temps, les hostilités ayant repris,
Abel Servien est nommé intendant de justice, police et finances de
l’armée d’Italie. Puis, après la prise de Pignerol en mars 1630, il
cumule cette fonction avec celle de président de la justice souveraine
de cette place forte. Après avoir été victime d’une grave épidémie
de peste, il exerce temporairement la fonction d’intendant de l’armée
en Dauphiné.
En juin 1630, il est nommé premier
président du parlement de Bordeaux. Mais il renonce aussitôt à cette
charge en lui préférant le secrétariat d’Etat à la guerre que Louis XIII
lui propose et qui lui sera dévolu en décembre 1630.
C’est donc en qualité de secrétaire d’Etat
que, de retour en Italie, il négocie au côté de Toiras les deux traités
de Chérasco, le premier (6 avril 1631) avec le duc de Savoie et le
second (19 juin 1631), avec le Habsbourg de Vienne. Ces deux traités
stipulent notamment la cession de Pignerol à la France, ainsi que la
prise de possession par Charles de Gonzagues du duché de Mantoue et
du marquisat de Montferrat.
Il restera à Turin jusqu’en février 1633
pour en surveiller la bonne application, avant de revenir assumer
pleinement ses fonctions de secrétaire d’Etat dans une France déchirée
entre le « parti dévot » favorable à l’Espagne et le parti des « bons
Français » sur lequel s’appuie Richelieu.

De la disgrâce à l’exil
(1636–1643)
Dès son retour à Paris, Abel Servien
prépare l’entrée en « guerre ouverte » de la France contre la
Maison d’Autriche. En effet, pour faire obstacle aux visées hégémoniques
des Habsbourg, Richelieu a décidé d’intervenir directement dans le
conflit qui déchire l’Europe centrale depuis 1618.
La déclaration de guerre contre l’Espagne
est signée par Louis XIII et Servien le 6 juin 1635. Au début des
hostilités, la France, dont les caisses sont vides, essuie de graves
revers, alors que, face aux troupes aguerries de la coalition adverse,
elle ne peut leur opposer qu'une armée inexpérimentée, mal équipée et
mal commandée.
Le secrétaire d’Etat à la guerre s’attire
le vif ressentiment de personnages aussi influents que Chavigny
(secrétaire d’Etat aux affaires étrangères) et Bullion (surintendant des
finances) qui lui font grief d’empiéter sur leurs prérogatives. Jaloux
de ses succès en Italie, le père Joseph le taxe d’incompétence et
l’accuse de gaspillage, tout en lui imputant les mauvais résultats de la
campagne de 1635.
Pour ne pas indisposer Louis XIII qui
s’est laissé circonvenir par Bullion, Richelieu sacrifie Servien à
l’avantage du surintendant et l’invite à se retirer à Angers « son
éloignement de la Cour n’étant pas pour avoir desservi ni le roi ni l’Etat ».
Les sept années qu’Abel passera en Anjou
seront « dépourvues des amertumes de l’exil ». Mais, lassé
d’alimenter la chronique par ses aventures galantes, il décidera
d’épouser, en janvier 1641, Augustine Le Roux, d’une famille de vieille
noblesse angevine, avant d’être rappelé aux affaires en 1643 par son ami
Mazarin qu’Anne d’Autriche a choisi comme premier ministre, après la
mort de Richelieu et de Louis XIII.

La négociation des traités de
Westphalie (1644–1648)
Sitôt revenu à la Cour, Servien est
nommé, avec d’Avaux, plénipotentiaire pour « traiter l’affaire la
plus grande et la plus importante que ce siècle eût vue », à savoir
mettre un terme à ce qu’on appellera bientôt la guerre de Trente Ans.
Il est prévu que les négociations se
tiendront en Westphalie, dans les villes de Münster où se réuniront les
catholiques, et d’Osnabrück où débattront les protestants et l’empereur.
Avant de gagner Münster, Servien et d’Avaux font étape à La Haye
pour négocier l’engagement des Provinces-Unies de ne pas conclure de
paix séparée avec l’Espagne. Les véritables pourparlers ne pourront
débuter qu’en avril 1644 et seront marqués d’emblée par la fameuse
querelle entre les deux plénipotentiaires.
Si l’incompatibilité de caractère des
deux protagonistes n’y est pas étrangère, elle est avant tout d’ordre
politique et traduit l’existence de deux visions inconciliables de
l’équilibre européen, l’une (défendue par d’Avaux) favorable aux
intérêts de l’Eglise et l’autre (défendue par Servien) visant à
l’abaissement de la Maison d’Autriche par le moyen d’alliances
protestantes.
Il apparaît rapidement que Servien a pris
le pas sur d’Avaux qui est rappelé en France en mars 1648. De sorte
qu’après avoir été élevé au rang de ministre d’Etat, il reste seul pour
poursuivre et conclure les négociations que les parties adverses
s’accusent mutuellement de faire traîner en longueur. Le succès de nos
armes y mit finalement un terme, en contraignant les plénipotentiaires
de l’Empire germanique à signer, le 24 octobre 1648, les fameux « traités
de Westphalie » qui décideront, pour près d’un siècle et demi, du
sort de l’Europe.

Les années terribles (1649–1653)
Abel Servien rejoint la Cour, repliée à
Saint-Germain, en avril 1649, à la fin (provisoire) de la Fronde
parlementaire. Il participe, dès son retour, au Conseil d’En Haut où le
souverain (ou son représentant) débat avec les princes du sang des
grandes affaires du royaume. Son intérêt lui commande de rester au côté
de Mazarin et rejoint son souci de voir rétablie l’autorité du monarque.
Avec Lionne et Le Tellier, il assure la
continuité d’un pouvoir royal contesté, à l’exception d’une brève
période (juillet 1651 – janvier 1652) où il doit reprendre le chemin de
l’exil à la demande d’Anne d’Autriche « sur les instances qui lui ont
été faites de la part de son cousin, le prince de Condé… comme une chose
qu’il désirait pour sa sûreté ».
Tout au long de ces années noires qui ont
détruit un ordre ancien, le ministre d’Etat s’affirmera comme l’un des
principaux, sinon comme le premier anti-Frondeur. Il sera enfin le grand
artisan du retour pacifique à Paris du jeune Louis XIV et de sa mère, le
21 octobre 1652.

La surintendance des finances
(1653–1659)
Dès qu’il regagne la capitale
(février 1653), Mazarin nomme Abel Servien surintendant des finances,
conjointement avec Nicolas Fouquet dont il est de vingt-deux ans l’aîné.
Les deux surintendants sont aussitôt confrontés à une situation
financière catastrophique, qui résulte avant tout de l’importance des
dépenses liées à la poursuite de la guerre contre l’Espagne.
Rien n’y a préparé le besogneux Servien,
alors que le Cardinal ne tarde pas à réaliser que Fouquet est l’homme de
la situation. De sorte qu’aux termes d’un règlement en date du
24 décembre 1654, les dépenses incomberont au ministre d’Etat et les
recettes à son jeune alter ego.
Appartenant désormais au cercle très
étroit des plus grands personnages de l’Etat, Abel Servien se résout à
l’amputation progressive de ses attributions financières. Cependant,
Mazarin l’accueille, avec le chancelier Séguier, au sein d’une sorte de
ministère étroit, et ne se prive pas de ses bons conseils pour atteindre
l’objectif majeur qui demeure le sien, et qui est d’isoler l’Espagne
pour la contraindre à traiter.

La quête du prestige
Tout au long d’une carrière fertile en
avatars, Abel Servien n’aura de cesse d’accumuler charges et honneurs.
Il entend également disposer, près de la capitale, d’une résidence dont
la splendeur témoigne de son rang. Le château de Meudon (qui n’existe
plus)y pourvoit, où il fait entreprendre, à partir de 1655, des travaux
colossaux dont l’immense terrasse garde encore le témoignage.
En 1658, le mariage de sa fille
Marie-Antoinette avec Maximilien-François de Béthune, futur duc de Sully
et pair de France lui apporte une ultime consécration. Célébré le 1er octobre
dans la chapelle du château, il est suivi d’une fête splendide qui
réunit la Cour au grand complet.
Quelques mois plus tard, le 17 février
1659, Abel Servien meurt à Meudon de la maladie de la pierre. Il sera
inhumé auprès de son épouse (décédée en 1652) dans la « chapelle Servien »
du sanctuaire marial de Notre-Dame des Ardilliers, près de Saumur.
Bien qu’il laisse à ses héritiers un
patrimoine de l’ordre de 2 300 000 livres, l’opinion publique gardera de
l’enfant de Biviers l’image d’un serviteur de l’Etat « dont l’esprit
était plus grand que sa fortune ».
Nous y verrons le témoignage de
l’intégrité de celui qui « fut pendant près de trente ans l’un des
plus intrépides défenseurs des intérêts du roi et de ceux de la France ».
Augustin Jacquemont,
membre associé de l’Académie Delphinale

Un grand diplomate au service de l'Europe ou l'irrésistible ascension
d'un enfant
de Biviers par
Augustin Jacquemont
(brochure éditée avec le soutien de l'hebdomadaire "les Affiches de
Grenoble
et du Dauphiné")
Vous trouverez ci-dessous
le contenu et le sommaire de cette brochure de 48 pages au format A4,
abondamment illustrée et
disponible aux tarifs suivants :
Franco de port : France : 8 €uros -
Etranger : 10 €uros
Envoi sur
simple demande accompagnée d'un chèque du montant correspondant
adressée à :
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Augustin Jacquemont - 4, Avenue Hoche - 75008 PARIS
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